Homélie P. Pierre TREVET du 31ème Dimanche du Temps Ordinaire – TOUSSAINT 2020

Toussaint 2020 – Ceyssac samedi 31 octobre à 18h00 et Guitard 1er novembre à 9h30 

 

Frères et sœurs, C’est la 35° fois que je donne l’homélie de Toussaint. Cette année, je rends grâce au Seigneur de m’avoir donné la chance d’approcher des saints non seulement par des livres mais physiquement. La première fois que j’ai réalisé que la sainteté n’est pas réservée aux siècles passés mais qu’elle est vraiment d’actualité, c’est en entendant un enseignement du Cardinal Danneels à Paray Le Monial sur le Roi Beaudoin. Il avait conclu : « Que Beaudoin soit un saint, pour moi, cela ne fait aucun doute, mais qu’il soit déclaré saint, cela ne dépend pas de moi, ni même de l’Eglise. C’est l’Affaire du Seigneur. S’il doit être canonisé, le Seigneur saura nous le dire en suscitant par exemple un pèlerinage sur sa tombe, en permettant des guérisons par son intercession, ou une floraison de livres sur lui. » Le cardinal nous avait dit aussi : «  Il faut désirer la sainteté, pas la canonisation. Tout baptisé est appelé  à la sainteté. La canonisation  c’est beaucoup trop long et beaucoup trop cher. »

J’ai eu la grâce de serrer la main de saint Jean-Paul II trois fois. Ce n’est pas cela qui rend saint. Mais une anecdote dont j’ai été témoin me rappelle la différence entre un héros et un saint. Le héros fait des choses admirables, mais il n’est pas imitable. Félix Baumgartner qui a sauté depuis 36 kms au-dessus de la terre et à cette occasion a battu trois records du monde dont celui de la vitesse en chute libre, Mermoz, pionnier de l’aéropostale, Christophe Colomb, … etc.. Saint Jean-Paul II est un héros lui qui a accompli tellement d’exploits en terme de voyages apostoliques, en terme de politique puisqu’il est reconnu que c’est grâce à lui que l’empire soviétique s’est effondré, et sans effusion de sang. Mais il est saint. Et les saints même très grands ont cette caractéristique de pouvoir être copiés. Anecdote : je terminais mes cinq années de séminaire à Rome. C’était en juin 1986. Celle année-là, le Père Supérieur a institué la tradition de demander une messe privée au Saint Père. De bon matin, nous voilà dans la chapelle privée du Pape, les quelques vingt-cinq jeunes prêtres et séminaristes achevant leur séjour à Rome avant de partir dans leurs diocèses français ou le service militaire ou la coopération. A la fin de la messe, après avoir quitté chasuble, étole, et aube, nous nous retrouvons tout autour d’une très belle salle. Le Saint Père vient nous saluer tout en nous donnant un chapelet et sa dernière encyclique. Le Père supérieur nous présente à Jean-Paul II chacun à son tour. Personnellement, je suis très impressionné. Juste après moi, se trouve Bernard, un compagnon de séminaire beaucoup moins timide. Le Père Supérieur dit : « Bernard G., diacre du diocèse d’Avignon. » Aussitôt Bernard lui dit avec humour : « Vous savez, Saint-Père, que vous êtes chez vous à Avignon »… (On sait en effet que les Papes, quelque temps, avaient fui l’insécurité qui régnait en Italie et s’étaient mis sous la protection du roi de France, dans le Palais des Papes à Avignon. Mais Catherine de Sienne avait ramené le Saint-Père presque manu militari à Rome. Saint Pierre était mort martyr à Rome, c’est à Rome qu’il devait être, en sécurité ou pas). Le Pape commençait une journée archi-pleine. Il était interpellé dans une autre langue que la sienne. Il aurait pu ne pas entendre, il aurait pu faire un beau sourire et poursuivre. Il s’est arrêté. Et il a dit : « Je vous remercie. Mais c’est trop dangereux. A cause de sainte Catherine »… Tout Jean-Paul II est là, une présence extraordinaire au présent et à chaque personne.

En août 1984, je venais d’être ordonné diacre. Mon meilleur ami prêtre m’invite en Algérie. Pendant le séjour, il m’emmène chez les moines de Thiberrine. J’ai servi comme  diacre la messe par le Prieur le Père Christian de Chergé. Le réalisateur de cinéma Xavier Beauvois nous a permis de mieux connaitre le quotidien de ces héros-saints avec son film Des hommes et des dieux. Ils sont profondément insérés dans la vie du village musulman local. Ils aiment et sont aimés ; mais peu à peu ils perçoivent la montée de la violence islamique et savent qu’elle va menacer leur vie. Sont-ils appelés à rester ou à partir ? Le film raconte comment se fait jour la prise de conscience que leur vocation est de rester. Quand ils font part de leur hésitation aux villageois – ils sont comme des oiseaux sur la branche et peut-être sur le point de partir-, une femme musulmane dit : « Nous sommes les oiseaux et vous êtes la branche. » On assiste donc à cette aurore qui se lève sur eux, celle de la prise de conscience douloureuse et finalement joyeuse que le Seigneur leur demande de rester : c’est cela demeurer dans la Parole. L’un des plus jeunes moines dit au prieur : « Mais je ne suis pas devenu moine pour mourir. » Et le prieur lui répond : « Mais tu as déjà fait don de ta vie ! »

Novembre 1994 : béatification de mère Agnès de Langeac et de Bienheureuse Eugénie Joubert. Eugénie est morte en 1902 à l’âge de 28 ans. Son papa était fermier à l’actuelle auberge du Marliou à Queyrières. Sa maman habitait près de l’église d’Yssingeaux. Elle ne savait pas aimer ni son mari ni ses enfants. Eugénie a été très tôt pensionnaire chez les Ursulines à Monistrol. Cela rend la sainteté très proche géographiquement. Un curé d’Yssingeaux s’opposait à cette béatification en disant : « qu’elle convertisse son frère, on verra après » Il ne comprenait pas qu’un de ses frères puisse être témoin de Jéhovah. Mais Eugénie a converti une de ses cousines, une jeune maman qui reconnaît elle-même qu’elle était très frivole. A partir de 1994, elle est devenue une paroissienne fervente et une catéchiste très active. 26 ans plus tard, elle est toujours aussi édifiante.

En 2012, j’ai eu la grâce d’emmener plusieurs grands jeunes à Sasselo, en Italie, près de Gênes, dans le village natal de la Bienheureuse Chiara Badano, Chiara-Luce (Claire Lumière). Morte à 18 ans en 1990, elle a été béatifiée en 2010. En Pologne une église lui est dédiée ; un des vitraux représente une raquette de tennis car son calvaire a commencé  le jour où elle avait ressenti une douleur très vive à l’épaule lors d’un match. Elle aurait aujourd’hui 48 ans. Nous avons rencontré longuement ses amis, et ses parents. Le papa – chauffeur routier – a été converti par sa fille. Chiara était toujours très souriante. Dans la chambre  où nous étions réunis pour écouter le papa, il nous a expliqué qu’il doutait fortement  qu’une fois seule, elle reste aussi joyeuse. Il avait alors regardé par le trou de la serrure : même seule, Chiara-Luce était toujours dans la joie.

La sainteté est à notre porte et à notre portée. Car en plus, le Seigneur veille à ce que nous recevions chaque jour des éclats de sainteté. Tous les chrétiens ne sont pas encore saints mais chacun, à un moment ou l’autre, peut édifier. Je pense à Adrien Leydier qui a vécu une conversion après être devenu hémiplégique. Il m’a édifié par sa confiance en Dieu qui se traduisait par beaucoup d’humour, une générosité, et une sérénité rayonnantes. Un jour à la sortie de la messe du vendredi, il dit à sœur Annick : « je vous remercie beaucoup, ma sœur » – « Et pourquoi me remerciez vous ? » -Parce que vous m’avez donné la communion. «  – «  ah mais je n’y suis pour rien .. ! »  -«  Eh si Vous m’avez transformé en tabernacle » .. ! Peut-être a-t-il dit ce jour-là, le secret des saints : se laisser transformer en Jésus, Jésus Pauvre, Jésus doux, Jésus artisan de paix, Jésus assoiffé de justice, Jésus persécuté pour le Royaume, Jésus Miséricordieux. Amen !

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